Vers un compromis ?
Midi Libre a écrit :Le suspense règne pour dédoubler ou pas l'A9
RAPPEL : Le projet envisage de créer sur 17 km une A9 bis. L'enquête publique avait été défavorable.
Alors que les flots de touristes viennent grossir ceux des travailleurs autochtones et des routiers, le suspense reste entier autour du projet de dédoubler l'A9 sur 17 km au droit de Montpellier, entre Saint-Jean- de-Védas et Baillargues.
Il s'agirait de créer plus au sud, en parallèle, une seconde autoroute, l'A9 b. Sur ce tronçon, qui connaît des pointes de 100 000 véhicules par jour, le problème s'accentue avec le rush des vacanciers : comment séparer les flux de longues distances et ceux de desserte locale ?
Ici, l'A9 sert aussi de rocade : « Quand on sort de l'autoroute pour rentrer en ville, on se retrouve dans un entonnoir. C'est un danger permanent, on se retrouve souvent arrêtés sur les bandes d'urgence de l'A9 », râle un usager. D'ailleurs, c'est pour rendre le trafic plus fluide et moins polluant que la vitesse limite a été portée à 110 km/h.
L'urgence d'une solution devient brûlante. Le 6 avril, l'enquête publique a émis un avis défavorable au dédoublement de l'A9, pour trois motifs : absence d'études pour requalifier éventuelle l'A9 ; l'A9 b dévorerait trop d'espace dans une zone souffrant de pénurie foncière. Autre motif du rejet : d'autres pistes sont à explorer. Parmi les pistes à creuser, celle d'un dédoublement de l'A9, non pas au sud, mais au nord de la capitale régionale. C'est ce que préconisent les maires Jean-Pierre Grand (Castelnau-le-Lez) et Christian Jeanjean (Palavas). Pour ce dernier, « ce contournement par le nord permettrait de desservir des communes clairsemées, mais aussi d'absorber et répartir vers l'Est et l'Ouest le trafic venant de Millau par l'A75. » D'autres voudraient plutôt élargir l'actuelle A9 (pour passer à deux fois 6 voies). Les Verts, eux, penchent pour un recalibrage de l'A9 : 2x2 voies centrales, et des voies latérales réservées au trafic local.
En attendant le verdict de l'Etat (lire ci-contre), une guerre des nerfs oppose les adeptes du dédoublement à ses adversaires (Verts, associations de riverains, communes de Lattes, Saint-Aunès, Baillargues...).
« Depuis l'avis défavorable rendu au terme de l'enquête publique, beaucoup de partisans du dédoublement ruent dans les brancards pour tenter de renverser la décision », remarque Georges Fandos, correspondant régional de l'association Cap 21, qui prône plutôt la création d'une ligne fret, de part et d'autre de celle du TGV, entre Espagne et rive gauche du Rhône : « Cela permettrait de faire monter sur des trains de marchandises les quelque 9 000 camions qui transitent par jour sur longues distances ».
Quant aux adeptes du dédoublement, ils rongent leur frein. A commencer par Hélène Mandroux, maire de Montpellier, qui a déclaré après l'enquête : « J'espère que cet avis n'est qu'un ralentissement et pas un coup d'arrêt, que l'intérêt général primera ! » Et pour l'Agglo, le dédoublement serait comme une rocade offerte par la société ASF qui, de surcroît, doit gérer par contrat ce tronçon gratis jusqu'en 2032 !
Les arguments liés à l'environnement, à l'espace foncier, aux activités et aux coûts du chantier, s'entremêlent, varient selon les communes concernées. Sur la voie d'un compromis, chaque camp devra mettre la pédale douce.
Et un organisme inutile s'exprime...
Midi Libre a écrit : Le CES roule pour l'A9 bis
Dernier apport au débat en cours, le Conseil économique et social régional, par ses représentants de la « société civile » (entreprises, syndicats, associations socio-profesionnelles...), vient d'émettre un avis sur la politique des transports en vallée du Rhône et sur l'arc méditerranéen.
Le CES roule pour le dédoublement : « La séparation des flux routiers de transit et de desserte locale est indispensable et urgente. » Ainsi, « la limitation à 110 km/h déjà appliquée ne saurait, à elle seule, garantir une meilleure fluidité et une sécurité renforcée » ; le dédoublement est donc « un impératif absolu qu'il importe de réaliser à brefs délais ». Par conséquent, reste à savoir quel serait le rôle des collectivités en matière d'acquisitions foncières. A elles de se prononcer.
Mais avant d'envisager un nouvel axe autoroutier, le CES demande la mise en œuvre de « toutes les mesures susceptibles de réguler l'existant », sans oublier le développement d'une autoroute de la mer, c'est-à -dire l'équivalent sur mer du ferroutage, pour acheminer les marchandises. Ce souhait, qui permettrait de réduire grandement la pression des poids lourds sur l'A9, a été exprimé fin 2003 dans les actes du Comité interministériel de l'aménagement du territoire.
Une telle autoroute maritime nécessiterait un accord international, mais ouvrirait, selon l'Etat lui-même, « la perspective d'un transfert de plus de 100 000 poids lourds par an de la route vers la mer ».