bzh-99 a écrit :Novateur ça n'est pas le bon terme. Ils ont surtout essayé de créer une France nouvelle qui rentre bien dans les clous de leurs idées.
Hum, novateur = qui résulte de l'introduction de quelquechose de nouveau.
bzh-99 a écrit :L'urbanisme régionaliste, c'est en fait une synthèse des idées simplistes des collabos, et les autoroutes avaient déjà été inventées avant la guerre : cf l'A13 dès 1936.
Oui et non, la revendication de styles régionaux ayant déjà été après 14-18 lle fait d'architectes et de politiques, qui l'emportèrent finalement sur le camp des Modernes lors de l'effort de reconstruction des années 20. Quand aux autoroutes, les premières bases en France datent en effet du début des années 20 (années 1900 pour les échangeurs), mais vichy fera là aussi preuve d'une ambition qure n'avait pas forcément la IIIè République, à défaut de réels moyens.
bzh-99 a écrit :Ce qui est fou, c'est que la République ait gardé des textes de loi d'un gouvernement qu'elle a toujours considéré comme illégal. La plupart est plus ou moins anodine, mais certaines sont très importantes comme celle de 1943 qui crée le périmètre de 500m autour des monuments historiques.
En tous cas, toutes vont dans le sens d'un état plus fort et de libertés affaiblies...

La IVè les a gardé, tout comme la Vè, tout simplement parce qu'ils sont fondamentalement bons ! Dans les milieux universitaires l'héritage vichyssois est un sujet que l'on approche encore assez timidement, vu son caractère glissant (un de mes profs me disait qu'à l'inverse, en Espagne, vanter les bienfaits d'un urbanisme franquiste est tabou... en Italie par contre on commence, avec raison, à faire du tourisme avec l'archi dite mussolinienne.)
On a eu l'occasion de se rendre compte pendant les 40 premières années du XXè siècle à quel point le Plan était indispensable pour contrôler l'étalement urbain, particulièrement en région parisienne, et l'emplacement des grands équipements. Pour rappel le contexte est à l'époque pas glorieux : les campagnes se vident, et les villes sont en situation de surdensité avec un déficit important d'infrastructures : des opérations destinées à rectifier le tir existent bien, mais pour reprendre l'exemple de Paris, ça se fait à l'échelle d'un ilôt, au mieux d'un quartier : ce n'est qu'à partir du plan Prost qu'on commencera à tâcher de raisonner en terme de région, même si ce dernier était
in fine trop peu ambitieux.
Alors oui, c'est un Etat plus fort, avec parallèlement une diminution des libertés, mais dans le cas présent, le Plan, la coercition est nécessaire : on ne peut pas laisser à tel ou tel quidam le droit de construire ce qu'il veut, où il veut, comme il veut, juste parce que l'endroit lui plaît ou que le terrain lui appartient.
Alors évidemment on pense qu'à côté de ça il y avait les lois raciales, les participations plus ou moins actives à la déportation des juifs, résistants et adversaires de pensée, tout un tas de textes destinés à diminuer les libertés fondamentales, etc. Mais tout le corpus urbanistique de Vichy a été élaboré avant-guerre : en 40-41, l'influence de la Société Française des Urbanistes est évidente : la destruction des villes, c'est l'occasion rêvée pour les réformer. Par exemple, en repoussant hors des villes les industries dans des zones réservées à cet effet. Idem pour des hôpitaux, bref, des questions qui aujourd'hui apparaissent de bon sens, mais sur lesquelles la IIIè n'avait pas réussi à s'imposer. Au niveau national, on voulait aussi (avec ici une collision avec le vieux rêve d'une France gauloise bien répartie et bien blanche) une meilleure répartition des industries : ça emmerde tout le monde que les habitants des campagnes viennent habiter en ville où on manque de place pour les logements et les usines : alors pourquoi ne pas les construire directement à la campagne, en instituant un contrôle étatique ? C'est un système évidemment coercitif, mais on ne peut lui nier une logique certaine. On tergiversait sur ces questions depuis les années 20, et Vichy a tranché.
Dans le cas de Tours, que je connais assez bien, la continuité entre IIIè, Vichy, et IVè est absolument flagrante : Alfred Agache instruit dans les années 30 le Plan d'Aménagement, d'Extension et d'Embellissement de la ville, que la République ne parvient pas à mettre en oeuvre. En '40 un tiers de la ville est rasé, et Camille Lefèvre, mandaté par Vichy, se base sur le PAEE pour son Plan de Reconstruction et d'Aménagement, qui est un outil du nouveau régime. Et quand à la Libération c'est Jean Dorian qui hérite du bébé, il ne le modifie qu'à peine.
(ceci dit ce n'est peut-être pas le meilleur exemple, le Plan ayant sombré en 1949, seul l'ultra-centre ayant survécu ...)
Et que trouve-t-on dans ce PRA de Tours ? Deux contournements et une rocade, suivant la même logique que précédemment : il faut éloigner le trafic de transit des villes, et plus particulièrement de leur centre pour les relations transversales. Ca tombe aujourd'hui sous le coup de l'évidence, mais ça ne l'était pas forcément il y a 70 ans.