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Bouchons : ces projets censés désengorger le cœur de la région
Suite à notre enquête sur les bouchons qui continuent à paralyser la métropole de Lille, retour sur ces projets érigés en solution à un problème vieux d’au moins trente ans. Mais qui peinent à voir le jour.
1. L’autoroute A24 [ENTERRÉE]
Désengorger la route par la route ? C’était un des buts du projet d’autoroute A1bis, rebaptisée par la suite A24, qui devait relier Amiens à la Belgique en passant à l’ouest de Lille. Pendant plus de vingt ans, le projet, évalué à 1,3 milliard d’euros en 2006 va connaître relances et coups d’arrêts et déchaîner les passions entre ses promoteurs, notamment issus des milieux économiques, et ses détracteurs, en particulier les écologistes.
L’idée de désengorger la route via une nouvelle autoroute A 24 a été abandonnée.
Plusieurs tracés sont envisagés, les collectivités gèlent même des réserves foncières. Mais en août 2010, alors que le Grenelle de l’Environnement érige en doctrine la fin de l’extension du réseau autoroutier, le dossier rejoint le cimetière des grands projets d’infrastructure abandonnés.
2. Une voie dédiée sur l’A1 pour le covoiturage, les bus et l’électrique [A L’ÉTUDE]
Plusieurs responsables politiques ont évoqué cette piste consistant à réserver une voie pour le covoiturage, sachant qu’une part du problème de l’engorgement de la métropole est l’abondance de voitures à plusieurs places… mais avec un seul passager. D’autres comportements vertueux pourraient d’ailleurs être récompensés par cette voie dédiée, comme le recours au véhicule électrique. Le 15 octobre, le conseil métropolitain devrait voter le lancement d’une étude de faisabilité pour transformer une partie de la bande d’arrêt d’urgence de l’A1 en voie réservée aux covoiturages.
3. Les navettes fluviales entre Don et Lille [À FLOT]
Et si l’eau était une partie de la solution ? Dès 2009, Lille évoque un projet d’utilisation de la Deûle entre la citadelle et Euratechnologies, une idée qui ne dépassera pas le stade des études. Onze ans plus tard, un projet de navettes fluviales entre les écluses de Don et de Lille (de quoi mettre Euratechnologies à une heure de Don), par la société Seabubbles, a été présenté. Ces embarcations fonctionnent sur batteries ou à l’hydrogène. Le président Castelain imagine justement intégrer cette solution dans le plan hydrogène de la métropole. Au moment de la réunion, les navettes étaient au format taxi. La société développe un modèle bus (12 passagers), au prix unitaire d’1,5 million d’euros.
4. Le RER Grand Lille Bassin minier [AU POINT MORT]
Le Réseau Express Grand Lille (REGL) est au point mort, en tout cas dans le format imaginé en 2010 par Daniel Percheron, alors président du conseil régional (PS) du Nord-Pas-de-Calais, soit un tronçon ferroviaire nouveau, rapide (17 min), entre Hénin-Beaumont et Lille. Arrivé à la tête de la Région en 2016, Xavier Bertrand (DVD) hérite du dossier, mais sa priorité est d’abord de boucler Seine-Nord et de consolider le financement de la rénovation de petites lignes SNCF en déshérence. Du reste, le projet est complexe (tunnel sous Lille Flandres, nouvelles gares…), onéreux (3 à 4 milliards d’euros) et trop « Nord-Pas-de-Calais » pour la nouvelle grande région, Xavier Bertrand voulant l’étendre à Amiens et à la Belgique. Sur ce sujet de lien rapide vers Lille, les études ne s’arrêtent jamais vraiment, mais elles en restent à ce stade.
Complexité supplémentaire : le REGL n’est plus seul. SNCF réseau et l’État promeuvent en effet désormais un réseau express métropolitain (REM) complet à l’horizon 2035, sur le modèle du RER parisien, avec plusieurs lignes rapides, très cadencées (tous les quarts d’heure en pointe) et à forte capacité qui convergent d’Orchies, Armentières, Libercourt ou La Bassée vers Lille, auxquelles pourrait s’intégrer le REGL.
La gare Lille-Flandres est en impasse: il est donc très compliqué d’y faire arriver plus de trains au même moment. - VDNPQR
Coût total de l’ensemble : 5 milliards d’euros au bas mot pour mettre au niveau toute l’étoile ferroviaire de Lille, avec là encore de nouvelles gares à prévoir (Lesquin ? Lille Saint-Sauveur ? Lille-Place Caulier ?) pour éviter l’effet cul-de-sac de Lille Flandres. Et des financements à chercher du côté de l’Europe, de l’État et des collectivités. Mais il faudra une sacrée volonté politique pour lancer de tels chantiers, dans plusieurs métropoles du pays. Et aussi que la Région et la Métropole de Lille se mettent d’accord sur les dimensions du projet. Au sein d’une « RATP Lilloise » ?
5. Le Canal Seine Nord [LANCÉ]
Le projet cabal Seine-Nord est lancé: pour certains (mais la question fait débat), il pourrait diminuer le nombre de camions sur les routes.
Il faut encore s’armer d’un peu de patience, mais cette fois, Seine-Nord semble bel et parti parti pour se faire, après des années d’atermoiements. Le tour de table financier de 4,5 milliards d’euros est bouclé et les autorisations administratives et environnementales s’enchaînent. Les travaux préparatoires ont démarré dans l’Oise et le premier coup de pelleteuse est prévu au deuxième semestre 2022. L’une des ambitions du canal est de faire du report de trafic de marchandise de l’A1 vers le fluvial. Le conseil régional estime que le canal est de nature à absorber l’équivalent de 10 % des 5 millions de poids lourds circulant entre Paris et Lille. Un chiffre qui ne convainc pas la cour européenne des comptes qui juge les prévisions de trafic du canal surévaluées.
6. Le contournement sud-est de la métropole [ABANDONNÉ]
L’idée était de créer un barreau routier rapide entre l’A1 et l’A27 vers la Belgique de 13 km entre Seclin et Gruson pour empêcher les poids lourds de pénétrer au cœur de la métropole lilloise. Un projet de 350 millions d’euros minimum qui, comme l’A24 en son temps, avait le soutien des milieux économiques mais qui avait l’inconvénient majeur de passer sur de précieuses terres agricoles de la métropole. Au point mort tout au long des années 2010, le CSEL est renvoyé aux calendes grecques – pour ne pas dire enterré — en 2018 par le rapport de Philippe Duron, président du conseil d’orientation des infrastructures.
Le contournement sud de Lille a été abandonné. La zone est aujourd’hui protégée car située sur les nappes phréatiques.
7. Téléphériques et navette suspendues [TOUJOURS EN LIGNE]
Quid des téléphériques et navettes type Supraways?
Si Brest a été la première ville de France à aménager un téléphérique urbain, l’idée fait aussi rêver dans le Nord. La maire de Loos l’a évoqué dès 2014, pour relier Eurasanté et Euratechnologies. Farfelu ? Pas que. Prônée par Martine Aubry à Lille, l’idée d’un téléphérique entre Saint-Sauveur et Fives-Cail (cela permettrait d’enjamber le périphérique et les voies ferrées) a été reprise dans le plan des transports de la métropole (SDIT) pour une concrétisation… après 2035. Quant au projet de navettes suspendues de Supraways, porté notamment par la chambre de commerce et d’industrie entre Douai, Lens, Lesquin et Lille, des études ont été lancées et concluent à l’opportunité de faire avancer le projet. Reste aux collectivités locales à s’emparer de l’outil… ou pas.
8. Ascq-Orchies et Lille-Comines, nouvelle vie sur les rails ? [EN ROUE LIBRE]
La voie de chemin de fer entre Ascq et Orchies a été trop mal entretenue et est abandonnée depuis trop longtemps (6 ans) pour espérer un jour y faire à nouveau passer des trains. Les responsables politiques étudient désormais la possibilité d’y faire circuler des bus en site propre ou des tram-trains. Au printemps 2021, les maires de Tressin et Anstaing ont avancé une autre solution : des navettes autonomes, pouvant accueillir 40 personnes et être assemblées en convois de trois. Un concept développé par la société bretonne Taxirail. Un prototype devrait rouler en 2022 pour une commercialisation éventuelle en 2023.
Régis Coat, PDG d’EXID Concept et développement, concepteur de Taxirail.
Autre ligne de TER qui a été fermée fin 2019, malgré des combats pour la sauvegarder : Lille-Comines. Depuis, un TER routier (bref, des bus) a été mis en place. Les élus bataillent pour que la future ligne de tram (qui ira à Wambrechies) soit prolongée.
9. Pas de tram-train entre Lille et Tournai [ARRÊT BRUSQUE]
À Tournai, certaines filières d’enseignement supérieur accueillent jusqu’à 40 % de Français. C’est dire si l’idée d’un tram-train entre la capitale des Flandres et celle de la Wallonie Picarde avait du sens, au début des années 2010. Rudy Demotte, alors bourgmestre de Tournai, a un jour appris par la presse que la Métropole européenne de Lille (alors présidée par Martine Aubry), abandonnait le projet. L’Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai a parfois du mal à exister.
10. Plus de trams et de métro [EN RETARD]
Un tram de Lille vers l’aéroport de Lesquin : c’était l’idée chère à Damien Castelain, président de la MEL. Sur le papier, une liaison type Orlyval faisait rêver. Mais le président de la MEL n’a jamais réussi à avoir la majorité. Il a sacrifié le projet pour mieux faire passer le vaste plan des transports (SDIT) voté en 2019, doté de plus de deux milliards d’euros. Rappelons que ce qui changera la vie des habitants sera la création de lignes de bus à haut niveau de services mais surtout de nouvelles lignes de tramways : vers Hem, Roncq, Mouscron, Wambrechies, Hallennes-lez-Haubourdin et Seclin (c’est pour ces projets que Jean Castex a annoncé, ce mercredi, des subventions de l’État). Mais tout cela n’est pas prévu… avant 2026.
Le nouveau schéma de transports de la Métropole européenne de Lille prévoit des bus à haut niveau de service et surtout, de nouvelles ligne de tramways.
Ces arbitrages illustrent bien la complexité de régler le problème des bouchons en créant de lourdes infrastructures : il y a certes les aléas techniques monstres (on pense au doublement des rames de métro lillois, prévus en 2002 pour être réalisés en 2016… et qu’on attend désormais pour avril 2023), mais il y a aussi le politique. « Une métropole est un ensemble de communes. R ien que pour faire passer un bus, vous devez négocier chaque bout de voirie avec chaque maire », commente un ancien élu…