jml13 a écrit :Oui, enfin, 4 ans c'est pas non plus un siècle pour des ouvrages prévus pour tenir 150 ans...
150 ans ? Là, on est en plein dans l'idée reçue. Jusqu'il y a peu, il était extrêmement rare qu'un ouvrage soit conçu avec une durée de vie garantie d'un siècle ou plus.
Dans le domaine du béton, que je connais un peu à titre professionnel, l'innovation la plus bénéfique du point de vue de la durabilité a été l'apparition des BHP (bétons à hautes performances) avec ajout de fumée de silice mais ça ne date que de la fin des années 1980. Pour illustrer la vitesse à laquelle la technique a évolué, je me souviens qu'on avait eu beaucoup de mal à formuler les bétons B45 du viaduc du Champ du Comte à l'époque des JO d'Albertville (fin des années 1980) alors que 10 ans plus tard les B60 et B80 étaient devenus quasi courants et que maintenant on n'impressionne plus grand monde en évoquant des B120 ou B150.
De mémoire, un des tout premiers ouvrages pour lequel le Maître d'Ouvrage demandait une garantie de durabilité de 100 ans était le pont Vasco de Gama à Lisbonne qui a été construit il y a une vingtaine d'années. A l'époque Campenon Bernard, qui était très en avance (comme Bouygues d'ailleurs) sur le plan technologique, a dû multiplier les études pour pouvoir faire valider ses engagements. Aujourd'hui, les connaissances ont beaucoup progressé et beaucoup d'entreprises savent faire mais une durabilité de 100 ans est encore loin d'être la norme dans la construction des ouvrages, notamment parce que cette durabilité a un coût non négligeable.
En dehors des ouvrages exceptionnels et jusqu'au début des années 1990, la plupart des ouvrages d'art étaient réalisés avec un "bon" béton B35, bien dosé, bien contrôlé et bien mis en œuvre mais tout le monde sait très bien que, dans les conditions réelles d'exposition aux agents agressifs (CO2, sels de déverglaçage, cycles gel/dégel, etc.), ce type de béton, qu'il soit armé ou précontraint, n'est pas un matériau éternel et qu'il faut régulièrement le contrôler et l'entretenir. Il n'y a pas de valeur chiffrée pour la durée de vie des ouvrages mais on sait très bien qu'au bout de quelques dizaines d'années il faut faire des travaux, sachant très bien qu'une fois que les dégradations apparaissent, plus on attend pour intervenir, plus les travaux sont importants (il n'y a qu'à voir le cas du petit viaduc de La Ricamarie, sur la RN88 entre Saint-Étienne et Firminy, pour lequel, faute d'être intervenu en temps utile il y a une dizaine d'années, on en est réduit à reconstruire quasiment les piles, chantier qui nuit gravement à la circulation depuis de longs mois).
Je doute fort que des ouvrages passent en moins de 2 ans de 1 à 3, il doit falloir des années, des décennies.
4 ans, c'est peut-être rien pour un ouvrage de classe 2E en béton armé sur lequel on a simplement constaté les premiers effets de la carbonatation sur quelques aciers mais il en est tout autrement quand apparaissent des fissures de fatigue. Donc tout dépend des désordres et du type d'ouvrage, d'où l'importance du diagnostic. Dans le cas récent du pont de l'île de Ré, heureusement que le Conseil Départemental n'a pas mis des années avant de classer l'ouvrage en 3U et de prévoir des travaux de réparation après la découverte de la rupture d'un câble de précontrainte...
Pour en revenir à la communication récente du Ministère de la Transition écologique et solidaire sur l'entretien du réseau routier, j'espère que la politique d'entretien n'est pas simplement déduite du classement qu'ils ont diffusé et que les responsables locaux des DIR maîtrisent un peu mieux l'état des ouvrages dont ils ont la charge.